13/10/2007

Cons d'artistes (soliloques)

Et une autre :
Combien doivent se farcir les mises en demeure, les pénalités, les saisies et tout le stress que cela induit, à cause d’un manque chronique de revenus lié à leur condition d’artiste ?
Je n’en connais pas un qui ne soit confronté, plus souvent qu’à son tour de passe-passe, à la tronche de travers du retard de règlement et qui ne rêve pas, au moins cent fois par nuit, de se farcir par-devant, par-derrière, par en haut, par en bas, en biais, en rond, en ovale et en carré, cette grasse garce bourgeoise d’URSSAF, ou ses bureaucrates, à l’abri de leur code et qui se déguisent en pères fouettards, pour oublier leur vie de merde, aux dépends des rapins les plus démunis.
Non, je n’affabule pas, et ne déconne, encore moins, outrageusement.
Je suis même intimement convaincu, d’être à une distance considérable de la putain de réalité du quotidien terriblement pitoyable, désolant, pénible et navrant de l’artiste lambda face à cette insatiable suceuse de thunes.
Sans affiliation, pas possible de facturer ton taf sans le risque, encore plus grand, d’être poursuivit pour je ne sais quel délit inédit. L’imagination des gratte-papier, dans ce vaste domaine, est immensément fertile.
Pourtant, si on renonce volontairement à toute couverture sociale, si on rase les murs, si on peut se faire payer avec de la fraîche, bosser au noir, en clandos, il est concevable de se rendre invisible aux yeux chafouins des fonctionnaires de l’encartage.
Perso, j’ai pris le maquis pendant presque quinze ans et très bien survécu dans son ombre protectrice.
Depuis le passage de mon certificat d’aptitude d’artiste, décernée par la commission ad hoc, les emmerdes tapissent l’ordinaire de mes jours et de mes nuits.
Je suis un prisonnier embastillé dans une forteresse inexpugnable, nous sommes, tous les assujettis, dans le même merdier, repérés et répertoriés, avec une multitude de raisons d’en faire un max pour nous tirer de cet enfermement.
Sauf à gagner le jackpot !
Que ça n’arrive qu’aux autres !
Hors cette certitude, le salut se fait la belle vite fait.
Sauf à poser sa petite culotte en offrande à l’art institutionnel qui peut, par l’intercession de ses fonctionnaires en charge, te procurer une provende abondante au gré de faveurs maquées au bon déroulement de leur plan de carrière.
Pas si simple que l’énoncé.
La bonne volonté ne pèse pas d’un poids substantiel dans le plateau de la balance institutionnelle.
Le talent ou ce qui peut y ressembler, y être assimilé, comparé, n’est pas essentiel non plus pour intégrer la colonne par deux des élus de la culture contemporaine.
Par contre, l’évanescence de la pensée, élevée à son degré le plus abscons, est hautement et aussi bassement et encore transversalement chuchotée et conseillée, aux esgourdes molles des bâfreurs de subventions officielles.

(À suivre)

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