03/01/2010

Sally.

Alle s'est tirée, y'a pas deux jours.
Pour retrouver des potes de misère
tout là-bas, dans ce rêve éveillé
d'une vie moins crade.
Y sont des milliers, y sont des millions.
Le dernier refuge.
Là où qu'ils seront gâtés.
J'cause pas de Sally qui a connu
l'amour.
D'une jeune nana.
Sarah.
Qui l'a arrachée des crocs d'la
Camarde.
D'une sorte de camp d'rétention.
D'ousqu'on sort a'ec la morsure
d'une piquouse qui t'soustrait à
la chaleur de la vie.
Une condamnée Sally.
À mort.
Pasqu'on a fait d'elle une bête
de combat.
En la tabassant, en la torturant.
D'ces ignobles qui s'amusent
de la souffrance des animaux.
Qui parient sur leurs crocs.
Alors, les agités d'la politique,
pour complaire à leurs cornards
d'électeurs fabriquent vite fait
une loi pour l'éradication d'Sally.
De c'qu'elle représente.
On euthanasie ces putains de
clébards qui foutent le noir au
franchouillard.
Mais, j'me répète, une ch'tite nana
a dit pas d'ça !
J't'emmène ma belle !
Clandos.
Et elles ont vécues ensemb' un long
temps de jeux, de câlins, de balades
su' les ch'mins pierreux d'la garrigue.
Dans l'odeur entêtante de ses parfums.
Des baignades dans la Durance,
des courses folles pour rattraper un
bâton lancé, une pigne arrachée
à une branche basse de pin.
Et au lit, blotties l'une contre
l'autre, pour se défendre des cau-
chemars de la nuit.
...
Une petite Pitt-Bull toute noire.
Résistante comme un morceau
d'anthracite Russe.
Douce comme une crème Anglaise.
...
Une petite humaine qui pleure
son amie.
...
La souffrance irréparable de l'absence.
...
Au revoir Sally.

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(Dessin de Lafwine.)