20/03/2010
La sculpture, alle fout l'camp !
La plus belle sculpture, c'est
le Pavé que l'on jette sur la
gueule des flics !
(Slogan de Mai 68).
Et c'est cette "devise" qui
m'a remis dans la caboche
une histoire qui n'veut pas
s'faire la malle, qui squatte
mon encéphale et m'tara-
buste 'ach'té, trop, que si
j'relâche pas l'surplus ed
d'vapeur, je vire derechef
de gare doux dingo.
Dans le meilleur des cas.
Et c'n'est pas un pavé.
Mais on la r'çoit dans la
tronche comme un pav'ton
d'grès.
Plus déchirant qu'le bois.
Des pav'ments d'autrefois.
T'imagines, une terre
bouleversée.
Un corps tordu, cassé, des
os qui saillent, la chaire
crevassée, accablée.
Une griffure dans l'espace.
Une tristesse, un envahi-
ssement de la conscience,
douloureux, un malaise
dont on ne démêle pas la
cause et qui empêche de
se réjouir, de jouir du
spectac' de la vie.
Qui te laisse dans un état
affectif pénible, encalminé.
Qui dure, dure, dure.
Mais dont la beauté tragi-
que abolie le jugement,
aveugle, te ferme aux émo-
tions de la création.
Te mutile.
Une œuvre trop puissante
pour la fragilité de son
créateur.
Qui, une fois sa ronde
bosse achevée s'est replié,
enroulé, terré dans une
tentative désespérée
d'échapper à son image.
De terre, de bronze.
Inaltérable.
Perdu pour la sculpture.
Gagné pour la vie ordi-
aire.
Métro, boulot, dodo.
Dans le rang, une deux,
une deux !
Ô folles semaines soixante-
huitardes, pavés sur la
tronche des condés, rêves
écrabouillés.
Au secours pour elle !
Ce sculpteur(e) renégat.
Qui a trahi ses mains.
Et fait un doigt d'honneur
à Murger.
Au désespoir de ses rapins.
Mais pourquoi t'est-ce donc
que je fais ce raffut ?
Après tout, après rien, des
artistes défroqués, c't'une
engeance qui pullule.
De cafards.
Ouaip, p't'êt' ben, mais j'ai
un gros faib' pour les meufs.
Incompréhensib' pisque
chuis un mec.
Et cette fragilité s'accentue
lorsqu'alles sont artistes.
Non, pas peint's, sauf
Valadon, non pas
photographes, sauf Diane
Arbus qui s'est faite sauter
trop jeune, déchirée par la
laideur du monde.
Même pas musiciennes
quoique la Callas...
Mais sculpteurs.
Un taf de gros beauf
qu'alles se fadent a'ec un
talent inouïe.
Camille, Rosa, Louise,
Germaine, Niky, Françoise,
Carolo, Odile...
Alors quand une promesse
se ramène dans l'paysage
d'une chieuse qui tripote
l'argile comme une grande,
qu'à l'caractère à chier d'une
grande pis qui, pour d'obs-
cures raisons, balance le blot
aux objets trouvés, y'a com-
me un gros malaise qui
s'installe et s'cramponne en
mes intérieurs dévastés.
La vache !
J'y pardonne pas à la grisette
de s'êt' tirée pour rejoind'
le troupeau d'veaux à la
béchamel qui couine dans
les alentours de l'ordinaire.
T'imagines trimard du woueb
que Brancu, Giaco, Rodin,
Maillol, pis les mignonnes que
j'ai citées y'a peu, se soient
esbignés, aient raccroché
les gants, jeté l'éponge,
pour s'effacer dans le grouille-
ment des boulots ?
Pire que l'Armageddon.
Bien pire.
Qui m'fout en l'air sans
rémission d'mes péchés.
Dans l'cul, chuis bon pour
un sitting chez Lucifer à
r'passer.
Et paraît qu'c'est bouillant.
Merde !
À Vauban !

12:40 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sculpture, blot, caractère, armageddon