10/03/2009
La mort du Loup.
Je m'souviens...
D'avoir appris cette poésie,
enfant, à l'école.
Qui m'avait terriblement
bouleversé.
Qui m'a obsédé, longtemps.
Adulte elle revient m'visiter.
M'rappeler cette mort stoïque.
Sans un cri.
Ignorante du sort de l'homme.
Du tueur armé de fer et de feu.
Du corps transpercé et surtout
de la bête noble qui fait sa
toilette avant de saluer la mort.
En léchant le sang de ses
blessures.
Comme le sort que l'on fait aux
peuples aujourd'hui.
Ici et ailleurs.
Partout dans ce monde décomposé.
Qui refoule l'odeur pourrie d'la mort.
Des idées, d'la liberté, d'l'avenir.
Mutilé par les pouvoirs de l'argent,
de la politique et des religions.
Et les peuples à l'agonie lèchent
leurs plaies en silence.
Sans un regard vers leurs bourreaux.
Pourtant, on a vu, derrière le rideau
de cette scène d'effroi, des ombres
se profiler.
Un mouvement se faire.
Le Rideau s'entrouvrir doucement,
comme hésitant.
Une main pâle apparaître, refermée
en poing et se dresser, hautaine.
Menaçante.
Gaffe à vos grasses bedaines les
ventres mous, les visages pâles
du dégoût.
Le loup a laissé son héritage.
Une femelle et ses deux louveteaux.
Qui se sont alliés, se sont aimés, se
sont refaits en nombreuses, en
innombrables portées.
Qui sont prêtes à vous bouffer !
Sans quartier !
La mort du Loup
Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçus les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.
Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
Alfred de Vigny
08:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : loup, mort, blessure, pourriture
09/03/2009
Y'a des soirs...
T'attends rien, plus rien.
La journée s'est faite la paire.
En laissant su' l'gravier d'ta
tronche les bois flottés
d'souvenirs déjà presque
effacés.
T'es là, l'prose calé dans un
fauteuil, affalé.
Pas encore de bulles au
coin d'la lippe, mais
pas de soucis, alles
vont s'ramener.
Encore quelques années.
Et elles vont t'cramponner.
Un long blabla a'ec une copine.
Puis tu raccroches l'bigo.
Y'avait vers la fin d'l'entretien
des p'tits coups d'drelin dans
l'fond d'l'écouteur.
Pour ça qu't'as raccroché.
Pour voir, tu composes l'numéro
du répondeur.
- Bonsoir c'est...
C'était ça l'zin-zin qu'agaçait
l'tympan.
une voix oubliée qui surfait
su' les ondes.
T'écoutes le message.
Sans vraiment y croire.
Puis tu raccroches.
Con.
Cassé.
Tu n'remets pas l'couvert.
Le truc s'est bien imprimé
su' les pages chiffonnées
d'ta cervelle fouillis.
Tu t'repasses la bande en boucle.
Alle est de retour !
La "Mathilde" est r'venue.
D'là-bas, d'très loin, aux antipodes.
Mais je n'maudis pas la Mathilde.
Même si alle me fait l'mal
d'la chanson.
Elle est là !
Alors oui, du vin, des noces et des festins !
Je crache au ciel encore une fois !
Malgré les abandons, les renoncements,
les espoirs défaits, les humiliations,
les doutes, la cruauté des mots qui
n'sont pas dits.
Le chien de "N'me quitte pas".
L'ombre de son ombre...
Un coup d'Merlot pour faire
passer c'goût d'cyanure qui
m'brûle les papillles.
Et m'ravage les entrailles.
Qui noie dans une sorte de brume
rose c't'e sorte d'apparition.
Puis je m'réveille, d'une secousse,
la bouche papier mâché.
Un rêve, un cauchemar ?
Je r'garde le téléphone.
Y bouge pas.
Normal ?
Je n'provoque pas l'répondeur.
Parfois il a des réactions d'vieux
con.
J'reste dans l'trip qui dit qu'alle
est r'venue.
Pas b'soin d'accusé de réception.
http://www.youtube.com/watch?v=YYX1z7ml6LQ&feature=related
08:51 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mathilde, retour, chien, ombre, vi, festin