30/04/2009
"L'engagement de l'artiste"...
"L'artiste se doit d'être populaire,
engagé et révolutionnaire et surtout pas au service
d'une élite, qui n'a que faire des autres classes
et qui pense détenir le savoir, mais populaire
pour l'émancipation de tout à chacun."
J'ai envie de répondre, sans réfléchir : " Et ta sœur !"
Car, en effet, ce genre de suintement de l'esprit,
mais quel esprit, et en est-ce bien un, ne peut
susciter une réponse intelligente.
Par contre elle provoque chez le lecteur
respectueux de la liberté d'expression,
le sentiment d'un retour extravagant du dogme qui
a présidé à la naissance du "réalisme socialiste"
cher au petit père des peuples qui s'est agité jadis
chez nos camarades de Moscovie.
Aussi bien qu'à la notion "d'art dégénéré" rotée
par les nazis Hitlériens.
Ce genre de pétarade sans signature,
en supplément de mon hebdo préféré, me glace les os.
D'abord, qu'est-ce qu'un artiste populaire ?
Non, plus exactement « un artiste qui se doit
d'être populaire »…
Depuis que les rapins de tous poils se bougent
le prose sur la scène artistique, contemporaine
ou plus ancienne, remontons pourquoi pas
jusqu'aux fresques
rupestres, je n'ai pas ouï ce genre de définition de l'artiste.
Le barbouilleur (peintre), le casseur de pierre
(sculpteur) je ne vais pas vous infliger une revue
du quatorze Juillet de tous ceux qui dansent la
gigue dans le microcosme artistique.
Mais je zappe les musicos et gribouilleurs (écrivains)
et poètes qui peuvent jouir
d'une audience populaire.
Pourquoi, ce n'est pas à moi d'y répondre, mais c'est un fait.
Donc, les prés, précités, plasticiens et praticiens
des arts visuels, n'ont pas joui, jusqu'ici, d'une
once de popularité.
Pourquoi ?
Ils ne sont visibles que dans des lieux fermés
et on doit faire l'effort de se déplacer pour les regarder.
Aucun média populaire et aujourd'hui la télévision,
ne s'intéresse à eux.
Aucune émission et quand il y en a une qui montre
le bout de son pif, c'est à l'heure du couvre-feu.
D'innombrables obstacles empêchent les arts plastiques de plaire.
Et là encore je ne vais pas détailler la chose.
Mais ceci et cela évacués, le "se doit d'être populaire"
reste sur le bord de la route comme un gros tas de fientes.
Comment peut-on "se devoir d'être populaire" ?
Pour un artiste.
Il se met devant le format calé sur son chevalet et
"se doit de faire un travail populaire".
Quels en sont les moyens répertoriés ?
Je suis plasticien avec un certain nombre de miles
au compteur et je n'ai jamais songé à me poser cette
question qui semble, pour son auteur, incontournable.
Suis-je passible pour cela de je ne sais quel opprobre ?
D'une remise à niveau ?
D'un reconditionnement ?
D'une rééducation ?
Que sais-je ?
Pas encore d'un camp d'internement pour déviant
chronique, mais tout à l'heure ?
Quel avenir radieux pour le peintre incapable
de produire un art populaire ?
Je peux en tartiner ainsi un pensum assez conséquent.
"Engagé et révolutionnaire"
La vache !
Encore des remugles d'une époque que je croyais
dans un sarcophage de béton pour en éviter
les radiations mortelles.
Ben non, j'm'a gouré !
Y’'a encore un zozo pour éructer de telles concetés
totalement vidées de leur sens, usées, élimées…
Il ose et pas d'écho.
Il ose et dans le supplément de mon hebdo préféré.
Le seul auquel je sois abonné.
"Et surtout pas au service d'une élite"
Parce que tous les "grands" artistes, ceux qui ont
réussi à imposer leur art, l'on fait au service d'une élite.
Tous des sociaux-traîtres quoi.
La honte du genre humain.
Et les artistes cités en exemple dans cet articulet anonyme,
Dali, Signac, Seurat, Pissaro, Cézanne, Courbet, Kupka…
Échappent aux chants des sirènes de l'élite ?
Ils ont vécu d'amour et de flotte ?
Et on doit s'imprégner, nous "les artistes du vingt et
unième siècle de l'expérience des anciens ?"
De ces anciens ?
Ou de ceux du quattrocento ?
Ou de ceux des grottes d'Altamira ou de Lascaux ?
Tant qu'à nous donner des consignes, il faudrait les affiner.
Je fais l'impasse sur la niaiserie qui suit :"L'élite
qui n'a que faire des autres classes et qui pense
détenir le savoir, parce qu'elle détient l'économie"
Ouf !
Un gros morceau.
Qui se termine par, toujours à propos des consignes
de l'allumeur de réverbère à l'artiste qui se doit d'être populaire :
"Mais populaire pour l'émancipation de tout à chacun…"
Nous flirtons là avec les abysses de la non-pensée.
Comme qui dirait, ma bignole en penseur de Rodin.
Un texte qui va glisser comme le vent du grand-père
sur la toile cirée de la cuisine familiale.
Mais qu'il faut malgré tout sentir pour en dire tout
le mal que l'on peut.
Pour prévenir une inexplicable mutation qui
transformerait le pet en dogme.
Et ainsi permettrait à la bête de foutre son mufle puant
sous les aisselles de la liberté d'expression.

08:54 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : populaire, engagé, révolutionnaire, élite